Le ciseleur du néant (extraits)

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LE CISELEUR DU NEANT 

Il n’y a plus que le théâtre pour se voir s’entendre, se parler. Il n’y a plus que ce rideau, cette scène, les mains et les voix des comédiens, leurs regards brisés soulevant l’espérance. Il n’y a plus que cela qui relie le cabanon à l’œuvre première, à ce touchant frisson qui fit de l’adolescent adoubé par le verbe, un bretteur infini des espaces qui s’ouvraient devant lui. « Le Ciseleur du néant » : une petite somme de sentiments, de rencontres, un vertige né au Mans et transmis au comédien. Pour une seule fois, dans la peau de ces saltimbanques que j’admire ! Le ciseleur, c’est cela : un don de soi, une partition bizarre, comme pour dire « j’ai respiré avec vos lèvres, transpiré avec votre sang, pour tenter avec l’outil des mots d’appartenir à votre famille ».  Oui, le ciseleur, c’est cela : un petit concerto d’âmes, avec de la rage aussi, un long poème mis sur plateau, pour rappeler l’enfance si grande admiratrice du jeu du théâtre et des comédiens. 

Le Cabanon Le 15 janvier 1997 

Serge Mathurin THEBAULT  ==========================================================================================

ACTE I

Au premier temps était le verbe… 

Acte  I  Scène 1  Je suis le comédien… 

Trois coups, la lumière envahit progressivement le plateau. Le spectateur  découvre le comédien. Il est seul, il est nu : il est enfin sans artifice. Un décor, presque sommaire, une table ; une bougie, une chaise. Pendant quelques secondes (voire une trentaine), le comédien est une statue de sel qui ne dit pas un mot, et crée une sorte de léger malaise entre lui et le public. Puis, comme porté hors de lui, il se dirige vers le public… Il déclare tout de go sans apparente mise en scène son texte tenant de la rage et de l’amour… 

 Le doute se suspend à la lèvre de l’angoisse… Le doute est imbibé d’un sirop sucré rouge et noir comme le souffre et la mort.                        

  Il s’approche du public 

Je suis dupe de vous-mêmes. ..  Asphyxie et vertige, je suis celui qui n’existe pas, le vertige de votre enfance.  Je suis le souffleur du vide, l’orfèvre du rien, le ciseleur du néant :                         

 Je suis le comédien ! 

Il s’éloigne du public vers la table puis revient.

 Il a pris un accessoire de théâtre pour souligner les phrases suivantes.

 Je peux être un homme, une femme ou tout simplement un animal, tragique ou comique selon l’humeur,  traduire en un geste la lune épousée par la nuit, m’offrir un soleil en même temps que des perles de pluies. 

                                   Puis il mime la phrase suivante…

 Je peux être ivre sans avoir bu, matière tout en étant extase  et me faufiler tel un rat dans les ruelles les plus reculées de vos cervelles.                                    

 Il se rapproche du public 

Je puis en une seconde, être un ou multiple et  selon mon bon vouloir, être le visage atrophié ou superbe de votre miroir.    

                                  Puis il s’agenouille 

Mais déjà je vous saisis et vous conquiers…                                    

Se relevant tout aussitôt 

Que commence, dès lors, la faconde mécanique du spectacle !                                   

Une musique s’élève, elle est cristalline…                                    

 Il se dirige vers la table, saisit un cristal et regarde perçant les âmes des spectateurs de ses yeux. 

Mais avant que vos cerveaux ne soient que rêverie ou dégoût, avant même le cri du coq, juché sur l’aube, je tiens à retenir votre attention sur les faits suivants :                                     

Ici, l’homme ne se gausse pas d’être vérité…                                     

Les lieux, les êtres ne se doivent pas d’exister…                                   

Les décors, même sont factices.                                   

Seule l’émotion ou l’ennui peuvent paraître réels.                                   

Car ici, tout n’est que mensonge, le cristal de l’illusion ! 

Obscurité ou silence, peu importe, le metteur en scène choisira… 

Il vient de rapprocher la chaise au plus près du public comme pour lui chuchoter un mystère. 

Nous ne dirons que les mots de la souffrance retenue. 

Nous ne prononcerons que les phrases qui retiennent l’essence. 

A chaque pas posé, à même le sol, nous tenterons de nous écarter du doute afin de nous  astreindre à la lumière.

Puis, dès lors, confondus, nous baignerons dans l’eau claire de  nos rêves.                                   

Un silence, il se lève de sa chaise… 

 Il se peut que l’auteur ou le comédien soit mauvais, que l’ennui vous plonge dans le charme du sommeil…  

Mais !  Il se peut aussi que par nos poumons, à corps de cris, nous échangions nos misères pour des terres promises parce que l’écrivain fut visité, le comédien illuminé !                                    

 Complice dans la douceur et la tendresse avec le public… 

Nous éteindrons, dès lors, comme des voiliers effacent les scintillements des ports qu’ils laissent derrière eux, la cellule austère de nos amertumes où notre quotidien cessera de nous faire souffrir…                                     

 Musique… 

Pénétrons un instant, si vous le voulez bien, dans l’antichambre de l’étrange.

                                    Il revient vers la table et allume cérémonieusement la bougie 

                                               Puis s’adressant à nouveau à ce public qui ne fait qu’un avec lui…

 Je commencerai par vous parler de façon anodine, de l’amitié et de l’amour,  mais aussi de la haine puisqu’elle n’est après tout que l’envers de ces troublants sentiments. 

Nous parlerons ainsi du sexe et de la mort parce que cela nous dérange mais aussi nous attire. 

Nous tenterons puérils de régler ici le problème des questions sempiternellement posées mais jamais résolues. 

Nous allons nous singer au point de nous déshabiller à la lueur de cette bougie que nous tenterons, vainement, de nommer vérité. 

Ainsi, vêtus de cette nudité, nous déroulerons jusqu’à la gêne, les pensées les plus refoulées, les plus inavouées. 

Nous nous laverons de cette honte comme les amants se libèrent de leurs corps.  

Nous percevrons, tout à coup, l’essentiel : le souvenir éteint de notre enfance, les odeurs et les paroles pures  qui nous vêtirent et un instant, un instant seulement, nous serons sauvés.                                               

  Il éteint la bougie ; se dirige vers les coulisses, s’arrête   

 Mais avant, il nous faudra le courage des lâches, la stupidité des braves, pour oser pénétrer dans la spirale de la folie

(il pointe les doigts vers les coulisses)  que nous désigne cette porte, afin d’aller saisir cet Eldorado dont Baudelaire nous dit que tout n’y est que calme, luxe et volupté ! 

                                                           Le plateau sombre dans l’l’obscurité

Fin de la scène 1 Acte I

==============================================================================================================                                                                              Acte  Acte I  Scène 5 Vous m’êtes éternels…

 Lumière ou autre effet scénique pour montrer une coupure avec la scène précédente, le Comédien se tient face au public, solennel… 

J’ai encore un aveu à vous faire 

Un seul ! (un temps) Il est d’importance 

Il vient le plus près possible du public comme avec une gêne de faire un tel aveu.

Voilà ! Vous n’avez jamais été aussi près de moi lorsque ma pensée fait silence…

Il se relève

Sur ces tréteaux montés à la hâte, entre cette chaise et ce chandelier qui vacille, lorsque je joue : vous m’êtes éternels…

(L’amour doit passer par la voix du comédien). 

Un temps…

O certes, je vous vois à peine et pourtant votre souffle se mêle au mien dans un langoureux vertige où s’enchevêtrent nos espoirs et nos violences.

De plus en plus complice et proche du public

 Approchez vos lèvres, surtout n’ayez pas peur… 

Désaltérez-vous de ces larmes qui écorchent mes yeux… 

Rasassiez-vous de cette chair qui est la mienne et que je vous offre en pâture. 

Nous sommes liés l’un à l’autre  comme l’écorce à l’arbre, le soleil à la moisson. 

Solennel

Chut ! Un effort ! Fermez vos yeux, plongez voluptueusement dans mon tourment.

Soyez cette déchirure sans laquelle personne ne parvient à la connaissance…

Il claque des mains…

Ouvrez les paupières ! 

Pour une rampe éteinte, combien de voix s’illuminent ? 

Pour un spasme électrifiant mes membres,  combien de tremblements s’opèrent dans les vôtres ? 

Pour un corps que je dénude, là devant vos yeux interloqués, combien de baisers, d’étreintes inavouables embrasent vos cerveaux ? 

Pour cette lettre que j’arrache convulsé par la jalousie, combien de verres, de vases, avez-vous brisés, possédés par la même rage ? 

Un temps

 Chut ! 

Je me livre à mes bourreaux et n’attends pas d’indulgence… 

Je suis coupable d’innocence : je ne suis que le pantin de vos pulsions… 

Derrière ce masque qui se déforme, les yeux torturés par la douleur, le séisme de vos plaies entrouvertes rouges,

à vif de vos entrailles : les blessures de vos errements… 

Un temps… 

Je vous dois cependant par ma bouffonnerie et ma provocation, un seul mot qu’il nous faudra traduire, après maintes et maintes convulsions, ce mot de fièvre sans lequel le théâtre ne serait que place vide, un cimetière sans âme : L’AMOUR !

Puis avec cette voix qui vient du fond du cœur du comédien et qui n’est qu’amour…

 L’amour 

Oui, c’est en cela que vous m’êtes éternels !                                                                           

 Obscurité…

 Fin de la scène 5  Acte I

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Acte  I  Scène 6 L’enfance…   

La lumière… Le comédien assis par terre… Une partenaire invisible : une petite fille, il affiche le visage de l’enfance, il joue avec l’enfant… 

Am stramm gram. 

Danse petite fille, danse. 

Les arbres projettent une confusion de couleurs 

Et les fleurs (hésitation dans la voix) Les fleurs entrouvrent leurs pétales pour s’embraser de soleil. 

Am stramm gram..      

Il se lève…

 Joue, petite fille, joue… 

C’est la danse du vent… 

La nuit brode sa joie sur l’écrin de la lune ;

ses colliers d’étoiles illuminent la fenêtre… 

Danse, joue ! 

Am stramm gram…

Changement de ton dans la voix..

Le théâtre est un grand reposoir où le public vient chaque soir échapper à l’étouffement des mouroirs…

Un silence pesant d’une trentaine de secondes.

Où vas-tu petite fille ?

Suppliant…

 Viens ici… Je t’en prie… 

Oui, ici, c’est bien…

Elle est revenue…

 On s’assoit d’accord ? 

Regarde ici en face des hommes et des femmes (il désigne le public, sa voix devient douce) 

Tu veux bien… 

Bien sûr que tu veux bien !

Tu t’es déjà assise…

Tu n’attends plus que moi… 

Je viens à toi comme on va au soleil…

Il se rassied sur la scène, maladroit, faisant attention à ce précieux présent d’enfance qui se tient à ses côtés.

Une quarantaine de  secondes de silence, il  n’est pas facile de dialoguer avec un enfant.

Tu as de la peine ? 

Attends un mouchoir suspend les larmes ; un geste soulage la peine

 Il a sorti le mouchoir de sa poche et lui essuie les larmes… 

Cela va mieux, n’est-ce pas ?

Il se penche vers l’enfant, voici le temps des confidences…

 Ne pleure pas enfant… 

Tu sais les hommes ont aussi leurs larmes : leurs manières tournicotées. 

Tiens 

Ecoute-les… 

Gras ou maigres, ils soufflent comme des bouffons dans leurs cornemuses dissonantes.

Sur un fauteuil ou sur un trône, ils prônent un ridicule délicieux et touchant.

Pauvres ou riches, ils aspirent au pouvoir, s’inquiètent de la surface des choses.

Ils se gavent de nourritures et de plaisirs volés à l’élégance de la vie. 

Ecoute-les ! Entre eux, ce ne sont que cris, rages et jalousies. 

Ils s’échinent pour de l’argent, s’entretuent pour posséder et tuent l’air de leur propre progéniture.

 Prédateurs, ils s’empiffrent de leurs proies et tuent les plus faibles d’entre eux, les laissant mourir de faim ou pire d’indifférence ! 

Parfois, un relent d’humanité mêlé de remords les conduit à organiser sous la cellophane bien pensante de la charité,

des spectacles odieux pour ceux qu’ils rejettent. 

Partout entre eux, ce ne sont que guerres et destructions. 

Ils se croient la puissance du monde ; ils se moquent éperdument de nos soucis de beauté…

Un silence gêné…

 Ecoute ! Je sécherai tes larmes par un tissu de verbes 

Je soulèverai par tes yeux des joies inattendues. 

Veux-tu jouer au théâtre avec moi ? 

Il se lève plein d’enthousiasme… 

Am stramm gram.. 

Je suis gueux et tu es ma fille… 

Am stramm gram.. 

Tu es Antigone et je suis leur Créon. 

Am stramm gram.. 

Nous régnons sur l’empire de Prospéro.

Puis le regard désabusé

Quoi ? Tu me quittes… 

Tu veux un théâtre à ciel ouvert ? 

Mais où vas-tu ? 

J’étais enfant, moi aussi, autrefois…

Il se précipite vers les coulisses, appelles suppliant

Reviens ! Reviens !

 Puis se rendant compte qu’elle ne reviendra pas, il s’en revient vers le public, décontenancé. 

Elle a disparu ! 

Oh ! Elle qui savait et moi qui ne sais toujours pas ! 

Obscurité… 

Fin de la scène 6 Acte I 

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ACTE II

« Le verbe et le prêtre étaient un…   »       Novalis 

Acte II  Scène 1  La loge 

Les rideaux s’ouvrent. Le comédien est assis devant la table, seul au monde, il se maquille puis pour entraîner sa mémoire, il s’écoule dans le poème suivant : 

J’aurai beau faire O capitaine                                                  

De tes tresses d’argile                                                    

Des bâtiments de guerre                                                  

Le ciel sera trop haut                                                  

L’immensité trop lasse…                                                   

Disons marin grimé

Que la noire océane 

A rompu nos amarres ».

Un bruit, le comédien prend soudain conscience de la présence du public.

Vous voilà… Je vous attendais… 

Il me fut long de vous attendre mais vous êtes là et par complicité, j’ai  à vous présenter l’envers de ce métier...

Il se lève, et conte plus qu’il ne joue.…

Commençons, si vous le voulez bien, par ce lieu où se font et se défont les destins : la loge…

Une respiration

 Rien n’est plus simple qu’une loge : une pièce fermée sans fenêtre, une table, une chaise, un miroir, un peu d’âme laissée par celui ou celle qui vous a précédé… 

C’est le lieu nu où nous nous affrontons chaque soir avant de jouer les variations de la comédie humaine. 

C’est le sas où nous nous vidons avant la grande plongée, le dernier carré d’intimité où nous jouons avec les mots avant de vous aimer. 

Une respiration… 

C’est le silence des cathédrales, remontée des temps immémoriaux, le terrain en friche de nos vies d’hommes que nous troquerons tout à l’heure pour la richesse d’un personnage.

 Une respiration… 

Des gris-gris, quelques habitudes cent fois répétées, quelques signes auxquels, nous nous rattachons chaque soir : voici le fatras dérisoire de nos pieuses cérémonies. 

C’est dans ce blanc manteau clairsemé de tâches de couleurs, de photographies intimes, que pareils à des aviateurs, nous préparons notre envol. 

Une respiration… 

Ne voyez en rien quelques déchirures qui fassent pleurer… 

Les pleurs et les rires, nous vous les réservons pour le plateau. 

Non, laissez-vous envahir par les odeurs, les objets, l’impression oppressante et sécurisante de ce lieu contigu. 

Une respiration…

Soyez un seul moment face à vous-mêmes, prêt à devoir porter une magie qui vous dépasse, sans qu’aucune posture ne vous rassure, sans qu’aucune certitude ne vous habille.

Un temps

Peut-être comprendrez-vous, alors, cette asphyxie, cette peur qui vous tenaille le ventre et que dans notre jargon, nous appelons le trac…

Il s’en retourne vers le miroir, s’assied, et continue de se maquiller…

Fin de la scène 1 Acte II

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Acte II Scène 2  La musique… 

Quelques secondes passent… Soudain, une musique retentit, choix du metteur en scène.

Elle bruite quelques secondes puis se tait, le comédien se tourne vers le public. 

Lorsque j’étais petit garçon, j’avais une passion pour la musique. 

Je collais mon oreille contre la vitre pour entendre le bruissement de la pluie. 

C’était chaque fois adagio et symphonie, pure cadence dont mon tympan se régalait avant de sombrer dans la mélancolie. 

La musique ! 

Une respiration

 Des notes, 

Des notes s’il vous plaît pour ne pas sombrer dans le gouffre des mots !

La musique reprend, elle est gaie et enjouée. Elle envahit la salle de la joie pendant une ou deux minutes

 et brusquement s’arrête en plein milieu d’un morceau, brisant son harmonie, le comédien se lève

 Quoi ?

 Que se passe-t-il ?

Fini bonheur et harmonie ? 

La musique est venue et a fui, elle aussi… 

Reviendra-t-elle ? 

Un silence…

La musique…

Une respiration…

 Un soir, il y a longtemps de cela… 

Quelque part, dans un vieux théâtre de Paris… 

Moi, quelques comédiens, un technicien… 

Devant nous, le vieux Maître appuyé sur le rebord de la chaise.

Il prend la voix chevrotante du Maître…

 De la musique, Monsieur… 

Ces phrases ont une musique. Il ne faut pas les torturer, Monsieur.

Non, aimez-les comme vous confieriez vos secrets à une femme…

Un silence, il reprend sa voix naturelle…

Quelque part, le froid, cette impossibilité de faire ce qu’il demande, peur panique

Il reprend la voix du Maître…

 Une phrase possède un sexe… 

Vous ne citez pas un annuaire : vous traduisez la pensée de l’auteur ! 

Vous ne devez pas simplement réciter les phrases de votre personnage ;

vous vous devez d’être lui, d’y mettre l’âme, c’est à dire tout ce qui entoure votre rôle : le visible et l’invisible.

Reprenant sa voix normale…

Voix aiguë presque chevrotante qui crachote ses indications pour trouver le ton juste.

Avec la voix du Maître

Reprenez !

Avec la sienne

La sueur qui coule le long du dos, sur la nuque, partout, les mains moites, la peur de mal faire et la voix qui trahit un sentiment lointain… 

Avec la voix du Maître…

Vous n’y parviendrez jamais ! Jamais !

Avec sa voix

 Le vieil homme se lève, récite, fait trois pas avec l’aura accompagnée

Avec la voix du Maître   

A vous ! 

Avec sa voix au paroxysme de la concentration…

Nous étions vingt et cent, nous étions des milliers…

Avec la voix du Maître…

C’est mieux, vous paraissez moins seul…

Avec sa voix…

Puis, de nouveau, le même timbre de voix, les mêmes conseils, le même désert pour un autre, une autre, la patience d’écouter, celle de commenter, toujours, apprendre, n’avoir souci que d’améliorer ses connaissances.

Un silence…

La voix chère qui parle dans votre tête, chevrotante et sûre :

Avec la voix du Maître…

Et n’oubliez pas, Messieurs, Mesdames, la musique dans votre tête, dans votre corps, partout, la musique des âmes, la musique en toute chose !

Fin de la scène 2 Acte II

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Acte II Scène 6 Le Vœu  

Lumière, le comédien est sur sa chaise… Il est précisément affalé sur sa chaise… 

Je n’en peux plus ; je deviens fou… 

Où que j’aille, tout me fait souffrir… 

Mes hallucinations me font souffrir. 

Le silence, lui-même, me fait souffrir… 

La vie s’exporte hors de moi…

Un silence comme un râle

 Ah ! Il me faudrait une dernière fois tout tenter : 

Mêler ma tête au mouvement du monde 

Glisser de fièvres en fièvres jusqu’à l’embouchure de l’Inconnu.

Un temps comme une désespérance

Ah ! Je voudrais des hommes la beauté étincelante du monde.

Un temps puis une supplication qui montre des tripes et parle au cœur.

 Une parole !  Un geste ! 

Je quémande une main tendue !

 Il se lève va vers le public…

Il est cérémonial, et paraît lent, et pourtant en quelques secondes, il est au milieu de ce public.

Il s’empare de la main d’un auditeur ou d’une auditrice. 

Tout s’exécute dans la magie du théâtre, où tout est naturel et hors du champ commun des vies quotidiennes.

Il s’écoule dans le texte suivant :

 Ma veine tient la vie et s’offre à vous. 

Mes larmes sont vos larmes et parlent de notre enfance. 

Nous respirons sous la même peau. 

Nous marchons sous le même ciel. 

Les mêmes bruits nous révèlent au soleil. 

Et notre soif d’amour débouche sur l’Inconnu. 

Un temps

Fermons les yeux !

Il ferme ses paupières

Faisons un vœu !

Quelques secondes main dans la main pour l’émotion sorte des corps. Il rouvre les yeux.

Est-ce le même ?

Il relâche la main du spectateur

.Bien sûr, c’est le même…

Il remonte  vers la scène…

Et que dit-il ?

Il arrive sur le plateau…

 Il dit : 

Les vents nous parlent d’océan et suggèrent l’invisible.

 Nos cœurs glacés veulent frémir sous la langue des alizés. 

Nos pieds endoloris veulent marcher la tête légère. 

Et nos mains veulent les mains du monde pour tisser une toile où mourront la faim, la bêtise et l’indifférence. 

Nous voulons être homme dans la beauté du monde  à la place définie par l’harmonie des choses…                                                      

Un temps…

Mais avant d’atteindre une telle utopie, la route sera longue et nos yeux desséchés.

Un temps

Sommes-nous à la hauteur de l’audacieuse chimère ? 

N’est-il pas inscrit dans nos gènes putrides le code immuable de l’échec ? 

Fin de la scène 6 Acte II

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Epilogue

Il vient de faire sa dernière déclaration d’amour au public. Un bruit, son regard se pose vers un coin de la scène. 

C’est toi, petite. 

Une musique endiablée s’élève au milieu de la salle.

C’est bien toi ? C’est toi !

 Il prend la main de la petite fille et farandole avec elle… 

Allez, danse, petite fille, danse ! 

Un aigle épouse la tige indécente du ciel 

Et le soleil le noie sous sa touffe de rayons 

Danse ! Danse ! Danse ! 

Nous sommes roi et reine du monde…

 Accélération du rythme à mesure qu’il tourbillonne, peu à peu la musique ralentit et puis s’évanouit. 

Qu’il est bon de danser, de tendre tout son corps vers une débauche d’énergie, d’allumer le cierge où se consument nos angoisses, tout brûler par la passion du mouvement et du geste. 

La musique s’arrête, lui au tempo, il s’arrête.

Un silence…

Ecoute petite fille. 

Dans la clairière de la vie, j’ai appris à mourir avant de naître, à jaillir des prisons où l’on me croyait enfermé.

 J’ai le millier du blé des champs et continuerai mon ouvrage quoique fassent les saisons que ce soit dans la joie ou l’épreuve.

La petite fille arrive en chair, invisible, elle veut pourtant lui parler.

 Quoi ? Tu veux me dire quelque chose ? 

Viens, approche-toi.

Un temps

Chuchote-le-moi à l’oreille 

Il se penche pour recueillir sa parole. 

Quoi ? 

Tu veux jouer au théâtre avec moi ? 

Quelle joie !

 Ecoute, j’entends la musique sinueuse des mots reprendre son envol. 

C’est symphonie pour cœurs qui cherchent… 

Nous sommes la genèse… 

Les fleurs couvrent la colline de couleurs. 

Prends ma main ! Surtout ne la lâche pas ! 

Nous sommes coupables d’innocence… 

La musique reprend… 

Am stramm gram. 

Tu es la poésie…

 Am stramm gram 

Je suis la musique… 

Am stramm gram.. 

Tu es le trait qui glisse sur la toile. 

Je suis la force qui l’inspire… 

 Am stramm gram

 Nous sommes le chant du monde !!!

FIN                                 

Commentaires:

Une Réponse à “Le ciseleur du néant (extraits)”

  1. sergemathurinthebult
    sergemathurinthebult écrit:

    Le ciseleur du néant a-t-il fait l’objet d’une publication car j’aimerai le lire en entier. Le style est superbe et le sujet unique.

    Raymonde LE BOZEC

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