Jaromir

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JAROMIR 

Il y a du soleil à Lviv, un soleil de plomb dans une cuve. Jaromir m’accompagne dans la découverte de la ville. Chevtchenko, le poète est né ici. Sur la place centrale, s’érige sa statue. Plus loin, nous découvrons l’opéra, un bijou bâti en dix-huit cent quatre vingt dix sept.  Cet après midi, nous gravirons la colline qui surplombe la cité. Nous boirons un verre dans un estaminet sur ce petit toit du monde. Nous rirons, nous ne parlerons de rien, d’ici, d’occident. Mais, là, n’est pas le plus important. L’important est mon interlocuteur. Il a quarante et un ans. Il n’a plus de famille. Nous ne pouvons savoir ses activités réelles. Il fait mille choses pour survivre. Intermédiaire dans le « business », il écoule des produits aussi contradictoires que des cigarettes, des cartes téléphoniques, de l’alimentation locale, etc.  Il sert aussi des clients dans des transactions, qui semblent douteuses voire dangereuses. Il négocie aussi avec les polonais à la frontière. A travers les bribes de ces phrases, c’est ce que nous comprenons.  Il connaît un ami à Paris mais il veut vivre et mourir ici. Il parle peu. Il sourit du bout des commissures de ses lèvres. Un soir, alors que la bière commençait  à lui délier la langue, il a parlé du passé. Il est né ici à Lviv. Dès son plus jeune âge, il a été enrôlé dans l’armée soviétique. Il a combattu en Afghanistan puis en Tchétchénie. Il ne veut pas parler des horreurs auxquelles il a assisté. Il évoque, toutefois après quelques verres de bière,  les déserteurs aux têtes coupées, les populations civiles torturées, et une petite fille afghane qui lui a donné du pain alors qu’il se mourrait dans une grotte après une attaque surprise des moudjahidines.  Il n’en dira pas plus. Il chantait avant son départ. Il ne chante plus depuis. La veille de mon départ, dans une cave-taverne, parce que j’étais poète, il a repris sa guitare. Il a interprété Vissotsky. Sa voix a empli la salle. Rocailleuse, grave, elle provenait du tréfonds de son corps. C’est à ce moment là, que j’ai senti la souffrance et la puissance de l’âme slave. 

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